Adjamé Forum : Quand l’akpi pèse plus lourd que l’or blanc

Au cœur d’Adjamé Forum, entre effluves d'arachide torréfiée et tumulte des étals, le cours des épices ne doit rien aux bourses internationales. Porté par une demande urbaine en pleine explosion et un engouement croissant de la diaspora, le grain d'akpi voit ses prix s’envoler. Analyse d’une économie informelle et vibrante qui s'invite au quotidien dans l'assiette des Ivoiriens.

Au petit matin, quand le soleil commence à chatouiller les toits en tôle du marché d’Adjamé, une odeur chaude, boisée et légèrement piquante vous prend directement à la gorge. C’est le parfum du kankankan grillé qui se mêle à l’amertume terreuse des graines d’akpi étalées sur de grands bassins en aluminium. Ici, pas de trading haute fréquence ni d’écrans Bloomberg : ce sont les mamans «grossistes», pagne noué à la taille, qui fixent le cours quotidien des saveurs de la sous-région.

L’akpi (Ricinodendron heudelotii), petit grain oléagineux récolté dans nos forêts du Sud et de l’Ouest, a vu son prix au sac de 50 kg bondir de près de 35 % entre les saisons de récolte. Un coût bien au-dessus de celui du coton communément appelé  »l’or blanc » ou  »l’or du Nord ». En cause ? Une demande explosive portée par la restauration urbaine et une exportation artisanale galopante vers la diaspora africaine en Europe et en Amérique du Nord. Dans les alambics informels de la sous-région, la graine ne sert plus seulement à épaissir le bouillon de la sauce graine ou de la sauce claire ; elle est devenue un actif spéculatif.

Pour les vendeurs de choukouya (viande grillée) qui bordent les maquis, restaurants et autres espaces dédiés comme l’abattoir de Port-Bouët, le dosage du kankankan — ce mélange savant de piment bec d’oiseau, de gingembre et de bouillons locaux — relève désormais d’un arbitrage budgétaire strict. « Si le piment de Boundiali augmente et que le gingembre de Man prend 200 francs sur le kilo, on est obligé de réduire la pincée sur la portion de viande, tout comme diminuer les morceaux de viande », confie Souleymane, maître-grilleur à l’Abattoir de Port-Bouët Marcory. La petite épice de la rue soutient pourtant une économie invisible qui fait vivre des milliers de familles, de la cueillette en milieu rural jusqu’au conditionnement en petits sachets plastique sous le soleil d’Abidjan.

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