La Côte d’Ivoire vend, l’Allemagne équipe. Le schéma reste encore très présent dans les échanges entre les deux économies. Mais à Abidjan, le 8 septembre 2026, les discussions ont ouvert une autre perspective : faire évoluer le commerce vers une coopération industrielle capable de créer davantage de valeur sur le sol ivoirien.
Réunis à la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (Cci-CI), au Plateau, des entrepreneurs ivoiriens et allemands ont exploré les possibilités de partenariats dans plusieurs secteurs. L’agriculture et l’agro-industrie occupent une place particulière dans cette réflexion, aux côtés de l’énergie, des infrastructures, de l’industrie manufacturière, de l’eau, de la logistique et des technologies.
Du cacao exporté aux produits transformés
Les chiffres donnent une idée du poids actuel de la relation économique.
En 2025, les échanges commerciaux entre la Côte d’Ivoire et l’Allemagne ont atteint environ 950 milliards de francs CFA, soit près de 1,5 milliard d’euros, selon les données présentées par Touré Faman, président de la Cci-CI.
La Côte d’Ivoire a exporté pour près de 670 milliards de francs CFA de marchandises vers l’Allemagne. Parmi les principaux produits figurent le cacao, le caoutchouc, les amandes de cajou et la mangue.
Dans l’autre sens, les importations ivoiriennes en provenance d’Allemagne se sont établies autour de 280 milliards de francs CFA. Elles concernent notamment les machines et équipements, les véhicules, les produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que différents produits manufacturés.
Cette configuration traduit une réalité bien connue des économies agricoles africaines : les matières premières circulent déjà, mais la transformation industrielle reste un enjeu majeur.
C’est précisément là que le rapprochement avec l’industrie allemande pourrait prendre une nouvelle dimension.
L’agro-industrie comme terrain de convergence
La Côte d’Ivoire dispose d’une importante production agricole et d’un marché régional en expansion. L’Allemagne, elle, possède une longue expérience industrielle ainsi qu’un savoir-faire reconnu dans les technologies et l’innovation.
La rencontre économique a donc posé une question qui dépasse le simple volume des échanges : comment associer ces deux avantages pour fabriquer davantage de produits finis en Côte d’Ivoire ?
Dans le cacao, par exemple, l’enjeu ne se limite plus à produire et exporter les fèves. Il concerne aussi la capacité à développer localement les opérations de transformation, les équipements, les technologies de production et les compétences nécessaires à une industrie plus intégrée.
La même logique peut concerner l’anacarde, le caoutchouc, les fruits ou encore d’autres productions agricoles.
Pour Touré Faman, la priorité consiste désormais à aller vers une relation fondée sur la transformation locale, le transfert de compétences et la diversification technologique.
Autrement dit, l’objectif n’est plus seulement de vendre davantage, mais de produire autrement.

Le pari de la technologie allemande
Cette évolution suppose cependant plus que des capitaux.
Elle nécessite des équipements, des compétences techniques, des procédés industriels adaptés et des entreprises capables de travailler ensemble sur le long terme.
C’est ici que la technologie allemande peut trouver un espace en Côte d’Ivoire. L’Industrie 4.0, l’automatisation et les solutions numériques pourraient notamment accompagner la modernisation de certaines unités de production.
Pour les entreprises ivoiriennes, l’intérêt serait double : améliorer leur productivité et accéder à des technologies susceptibles de renforcer leur position dans les chaînes de valeur régionales.
Mais le transfert technologique ne peut pas se réduire à l’installation de machines. Il implique également la formation des travailleurs, la maintenance des équipements et la transmission des compétences.
Le PND 2026-2030 ouvre de nouveaux marchés
Le rapprochement économique intervient alors que la Côte d’Ivoire prépare la mise en œuvre de son Plan national de développement 2026-2030.
Présenté lors du forum, ce programme est évalué à 114 000 milliards de francs CFA. L’énergie, l’agriculture et les infrastructures figurent parmi les domaines dans lesquels des opportunités d’investissement ont été mises en avant auprès des entreprises allemandes.
Pour les investisseurs, le potentiel ne se trouve donc pas uniquement dans les exportations agricoles.
Il existe aussi dans les infrastructures nécessaires à leur développement : énergie, transport, logistique, eau, assainissement et équipements industriels.
Cette approche est particulièrement importante pour l’agriculture. Une production peut augmenter sans que les revenus progressent suffisamment si les capacités de stockage, de transformation et de transport restent limitées.
L’industrialisation agricole se joue donc aussi autour de la ferme.
Des PME appelées à entrer dans le jeu
Le forum ne s’est pas limité aux grands projets.
Les organisateurs ont également voulu rapprocher les petites et moyennes entreprises des deux pays. Des rencontres B2B ont ainsi été prévues afin de permettre aux opérateurs économiques d’identifier des partenaires et de transformer les discussions en projets concrets.
Cette dimension est essentielle. Une coopération économique durable ne repose pas uniquement sur quelques grands groupes ou contrats d’infrastructures. Elle peut également passer par des PME capables de travailler ensemble sur des équipements, des services, la transformation agroalimentaire ou la logistique.
Le Conseil économique international (IWR), représenté par son président-directeur général Barth Tino, a d’ailleurs insisté sur cette logique de partenariats et d’investissements responsables.
De la relation commerciale à la chaîne de valeur
L’enjeu apparaît finalement assez clairement.
La Côte d’Ivoire dispose de matières premières agricoles, d’un marché en croissance et d’une position stratégique en Afrique de l’Ouest. L’Allemagne apporte une expertise industrielle et technologique susceptible d’accompagner la montée en gamme des entreprises.
La véritable opportunité se situe donc dans l’espace qui sépare ces deux réalités.
Transformer davantage le cacao, valoriser l’anacarde, développer les filières fruitières, moderniser les unités industrielles et améliorer la logistique : ce sont ces maillons supplémentaires qui peuvent donner plus de profondeur aux échanges entre les deux pays.
Le forum économique Côte d’Ivoire-Allemagne du 8 septembre marque ainsi une volonté de changer d’échelle. Le commerce constitue déjà une base solide. Reste désormais à savoir combien de partenariats industriels, de transferts de technologies et de projets agricoles concrets naîtront de cette nouvelle dynamique.
Pour la Côte d’Ivoire, le véritable enjeu sera surtout de faire en sorte que les investissements étrangers ne se contentent pas d’accompagner les exportations, mais contribuent aussi à transformer localement les richesses produites par son agriculture.












