Une agriculture plus connectée ne consiste pas seulement à remplacer les outils traditionnels par des applications numériques. Elle suppose surtout de mieux comprendre ce qui se passe dans les champs pour prendre des décisions plus précises.
C’est dans cette perspective que Bruno Nabagné Koné a placé l’intelligence artificielle au cœur de la réflexion sur la modernisation de l’agriculture ivoirienne. Le ministre a participé, jeudi 10 septembre 2026 à Latrille Events, à la deuxième édition de la Conférence nationale sur l’Intelligence Artificielle (IMPACT IA 2026), organisée sous la présidence du Premier ministre Dr Beugré Mambé.
Aux côtés du ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, il a défendu une idée simple : l’agriculture ivoirienne produit déjà beaucoup de données. L’enjeu consiste maintenant à les transformer en informations utiles pour ceux qui travaillent la terre.

Quand les données deviennent un outil agricole
Une parcelle raconte beaucoup plus qu’il n’y paraît.
Son sol, son niveau d’humidité, son évolution au fil des saisons, son rendement ou encore les conditions météorologiques auxquelles elle est exposée peuvent être suivis à partir de différentes sources.
Les satellites peuvent fournir des images régulières des espaces agricoles. Les drones peuvent apporter des observations plus précises sur certaines parcelles. Les données météorologiques permettent, elles, de mieux suivre les conditions auxquelles les cultures sont confrontées.
L’intelligence artificielle peut ensuite contribuer à analyser ces informations et à faire ressortir des tendances.
Pour l’agriculteur, l’intérêt ne réside donc pas dans la technologie elle-même. Il se trouve dans la capacité à obtenir une information exploitable au bon moment.
Savoir qu’une parcelle évolue différemment, anticiper certaines conditions météorologiques ou mieux évaluer un rendement peut permettre de prendre une décision avant que le problème ne devienne coûteux.
Des champs mieux observés, mais surtout mieux accompagnés
Le ministre de l’Agriculture a identifié trois priorités pour que cette transformation numérique ne reste pas cantonnée aux conférences ou aux entreprises technologiques.
La première consiste à rapprocher l’innovation des producteurs.
Cette orientation est importante dans un secteur où l’accès aux nouvelles technologies peut rester inégal entre les exploitations. Une solution numérique n’a d’intérêt que si elle répond à une difficulté concrète rencontrée sur le terrain.
La deuxième priorité concerne la formation.
La Côte d’Ivoire veut voir émerger une nouvelle génération d’agriculteurs capables d’utiliser des outils comme les drones, l’imagerie satellitaire et les systèmes de gestion des données.
Cette évolution pourrait progressivement faire entrer de nouvelles compétences dans les métiers agricoles. Le producteur de demain devra peut-être autant savoir interpréter une information que l’utiliser directement dans son champ.
La troisième priorité est plus fondamentale encore : la connectivité rurale.
Sans connexion suffisamment accessible, les outils numériques risquent de rester concentrés dans les zones déjà les mieux équipées.

L’intelligence artificielle ne remplacera pas le savoir du producteur
Il serait toutefois réducteur de présenter l’IA comme une solution automatique aux difficultés agricoles.
Une machine peut analyser des milliers de données. Elle ne connaît pas nécessairement les réalités quotidiennes d’une exploitation, les pratiques locales, l’état réel d’une parcelle ou les contraintes économiques d’un producteur.
La technologie doit donc venir compléter l’expérience accumulée sur le terrain.
Cette articulation entre savoir agricole et données numériques pourrait être particulièrement intéressante en Côte d’Ivoire. Les producteurs disposent d’une connaissance fine des saisons, des sols, des cultures et des pratiques locales. Les nouveaux outils peuvent apporter d’autres niveaux d’observation.
L’enjeu n’est donc pas de remplacer l’agriculteur par l’algorithme, mais de donner au producteur de meilleurs moyens pour décider.
De la météo au marché : une agriculture pilotée par plusieurs informations
L’intérêt de l’IA ne s’arrête pas à la parcelle.
Lors de la conférence, Bruno Nabagné Koné a notamment cité plusieurs catégories de données susceptibles d’être valorisées : la météo, les images satellitaires, les drones, les sols, les rendements, les marchés et le foncier.
Cette diversité montre l’ampleur du chantier.
Une agriculture performante dépend en effet de plusieurs paramètres. Produire davantage ne suffit pas si le producteur ne sait pas dans quelles conditions vendre, si les informations sur les marchés circulent mal ou si les décisions concernant les parcelles reposent sur des données incomplètes.
À terme, l’exploitation croisée de ces informations pourrait permettre de mieux relier la parcelle, le climat, la production et le marché.
C’est cette chaîne de données qui donne à l’intelligence artificielle son potentiel agricole.

Le défi ivoirien sera aussi humain
La modernisation numérique de l’agriculture ne se résume cependant pas à l’achat de drones ou au développement de logiciels.
Elle suppose des compétences.
Former les producteurs, accompagner les jeunes agriculteurs, développer des services numériques adaptés et améliorer la connectivité des zones rurales constituent donc des conditions essentielles.
Le défi sera également de rendre ces technologies accessibles à des exploitations de tailles différentes. Une innovation agricole ne peut produire un véritable impact national si elle reste réservée à une minorité d’acteurs capables de financer les équipements et les services les plus avancés.
La question du coût, de la formation et de l’accompagnement sera donc aussi importante que celle de la technologie.
Moderniser sans perdre le terrain de vue
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse finalement la fascination pour l’intelligence artificielle.
Le pays cherche à renforcer une agriculture qui occupe déjà une place centrale dans son économie. L’objectif affiché par le ministre est de moderniser le secteur, d’améliorer les revenus des producteurs et de préserver son rôle de moteur économique.
L’IA pourrait y contribuer en permettant de mieux exploiter des informations qui existent déjà, mais qui restent parfois dispersées ou insuffisamment valorisées.
La prochaine étape sera donc de passer du discours aux usages : quels outils pour quels producteurs, à quel coût et avec quelles données ?
C’est sur le terrain que se mesurera réellement la réussite de cette transition.
Car une agriculture numérique ne sera véritablement moderne que lorsque la technologie quittera les écrans des conférences pour devenir un outil quotidien dans les exploitations ivoiriennes.












