La filière hévéa ivoirienne a connu une progression spectaculaire.
La production est passée d’environ 350 000 tonnes en 2015 à près de 1,93 million de tonnes en 2025. Cette évolution place la Côte d’Ivoire parmi les acteurs importants du caoutchouc naturel.
Cette croissance repose notamment sur les mécanismes de gouvernance mis en place par l’État, mais aussi sur le travail des différents acteurs de la chaîne de valeur et l’appui des structures d’encadrement et de recherche.
Pour autant, cette hausse des volumes ne suffit plus.
La filière doit maintenant améliorer ses performances et répondre à de nouveaux défis.
Les plantations familiales restent un point sensible
C’est l’un des constats mis en avant par le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA).
À Yamoussoukro, l’institution a appelé à renforcer la recherche et l’innovation lors de l’atelier consacré au diagnostic stratégique et à la préparation du Programme national de recherche de la filière hévéa (PNR-Hévéa 2027-2031).
La rencontre s’est déroulée du 29 septembre au 3 octobre 2026.
Le FIRCA pointe notamment les différences de productivité entre les plantations villageoises et les exploitations industrielles.
Les exploitations familiales utilisent aussi encore peu certaines techniques permettant d’intensifier la production.
Autre difficulté : les résultats de la recherche ne parviennent pas toujours suffisamment jusqu’aux producteurs.
Autrement dit, produire davantage ne dépend pas uniquement de l’extension des plantations. La filière doit aussi aider les producteurs à produire mieux sur les surfaces déjà exploitées.
Le climat change aussi la donne
Les producteurs doivent désormais composer avec un autre facteur : le changement climatique.
Les variations du climat peuvent modifier les conditions de production et compliquer la gestion des plantations.
La recherche devra donc contribuer à identifier des solutions adaptées aux nouvelles conditions agricoles.
Cela peut passer par de meilleures pratiques culturales, une sélection variétale adaptée ou encore une gestion plus efficace des ressources.
Pour une culture pérenne comme l’hévéa, ces questions prennent une importance particulière. Une plantation reste productive pendant plusieurs années. Les décisions prises aujourd’hui auront donc des conséquences bien au-delà de la prochaine campagne.
Traçabilité et durabilité deviennent incontournables
La filière doit également répondre à des exigences croissantes en matière de durabilité et de traçabilité.
Les marchés internationaux demandent de plus en plus d’informations sur l’origine des matières premières et leurs conditions de production.
Pour les acteurs ivoiriens, cette évolution oblige à mieux documenter les productions et à adapter certaines pratiques.
La recherche ne concerne donc plus seulement le rendement à l’hectare.
Elle doit aussi accompagner la filière sur des questions environnementales, économiques et sociales.
Que faire de toute cette production ?
Un autre enjeu apparaît derrière la progression des volumes : la valorisation du caoutchouc naturel.
La Côte d’Ivoire produit davantage, mais elle doit aussi chercher à tirer plus de valeur de cette matière première.
Le FIRCA souhaite ainsi intégrer à son futur programme la question de la valorisation secondaire et tertiaire du caoutchouc.
Cette orientation peut ouvrir des perspectives pour la transformation locale.
Car entre la production de latex et le produit fini, plusieurs étapes de transformation existent. Plus une filière maîtrise ces étapes, plus elle peut créer de valeur, développer des compétences et générer des emplois autour de sa matière première.
Un nouveau programme de recherche pour cinq ans
Pour répondre à ces défis, l’APROMAC et le FIRCA travaillent à l’élaboration du PNR-Hévéa 2027-2031.
Le programme doit s’appuyer sur les conclusions d’un état des lieux de la recherche hévéicole réalisé en 2024.
L’atelier de Yamoussoukro devait notamment permettre aux participants de valider le diagnostic stratégique réalisé par le cabinet JRKMG.
Ils devaient ensuite définir les grandes orientations du futur programme, ses différentes composantes et les actions à mener.
Les travaux portent également sur les besoins en compétences, leur répartition géographique et les moyens financiers nécessaires.
Le prochain défi : faire passer la recherche dans les plantations
Le futur programme aura donc une mission importante.
Il devra répondre aux questions scientifiques et techniques qui se posent aujourd’hui à la filière : comment améliorer les rendements des plantations villageoises ? Comment mieux résister aux effets du changement climatique ? Comment répondre aux exigences de durabilité ? Et comment créer davantage de valeur autour du caoutchouc produit en Côte d’Ivoire ?
Le défi sera surtout de transformer les résultats de la recherche en solutions accessibles aux producteurs.
La performance future de l’hévéa ivoirien ne dépendra pas uniquement des millions de tonnes produites.
Elle dépendra aussi de la capacité de la filière à produire efficacement, s’adapter aux changements et transformer davantage sa matière première.
À retenir
- La production d’hévéa est passée de 350 000 tonnes en 2015 à près de 1,93 million de tonnes en 2025.
- Le FIRCA et l’APROMAC préparent le PNR-Hévéa 2027-2031.
- Le programme doit renforcer la recherche et l’innovation dans la filière.
- Les priorités concernent notamment la productivité, le climat, la durabilité, la traçabilité et la transformation.
- Un enjeu majeur reste le transfert des résultats de la recherche vers les plantations villageoises.












