La gouvernance foncière s’est retrouvée au centre des échanges à Abidjan. Pendant trois jours, des ministres, des experts, des partenaires au développement et des représentants de la société civile ont examiné les défis liés à la gestion des terres sur le continent.
La première édition des Journées foncières d’Abidjan (JFA) s’est achevée le mercredi 7 octobre 2026, au Parc des expositions de Port-Bouët. Les participants ont retenu sept recommandations pour moderniser les pratiques foncières et renforcer leur contribution à la paix et au développement économique.
À la clôture des travaux, Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, a salué la diversité des expertises mobilisées. Il a également souligné l’importance d’une action collective pour apporter des réponses durables aux difficultés rencontrées par les États.

Sept recommandations pour améliorer la gestion des terres
Les conclusions des JFA mettent l’accent sur la coopération entre les pays, la participation des acteurs concernés et la recherche de solutions durables aux conflits fonciers.
Les participants ont notamment formulé les recommandations suivantes :
- Harmoniser les cadres réglementaires : mutualiser les expériences nationales afin de construire des règles plus transparentes et sécurisées, capables de favoriser les investissements.
- Renforcer la coopération entre les pays : partager les bonnes pratiques et promouvoir une gestion des terres qui concilie développement économique et protection des ressources naturelles.
- Accroître la participation de la société civile et du secteur privé : associer davantage ces acteurs à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des politiques foncières.
- Privilégier le dialogue et la médiation : encourager le règlement pacifique des différends pour prévenir les conflits et préserver la cohésion sociale.
- Mobiliser des financements suffisants : donner aux États les moyens de mettre en œuvre leurs réformes et de maintenir les résultats obtenus.
- Institutionnaliser les Journées foncières d’Abidjan : pérenniser ce rendez-vous pour favoriser les échanges et promouvoir des solutions innovantes.
- Mieux valoriser la gouvernance foncière : en faire un levier de paix, d’investissement productif, de création d’emplois et de développement durable.
Ces orientations traduisent une volonté de dépasser la seule dimension administrative de la gestion des terres. Elles placent également la gouvernance foncière au cœur des enjeux économiques, sociaux et environnementaux du continent.

Le financement, une condition essentielle aux réformes
La mise en œuvre des politiques foncières exige des ressources adaptées. Les participants ont donc insisté sur la nécessité de mobiliser des financements suffisants pour accompagner les réformes engagées dans les différents pays.
Sans moyens financiers, les décisions risquent de rester théoriques. Les États doivent pouvoir soutenir leurs dispositifs de gestion, renforcer leurs capacités d’intervention et assurer la continuité des actions engagées.
Les partenaires au développement occupent également une place importante dans cette dynamique. Bruno Nabagné Koné a notamment salué l’accompagnement de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Agence française de développement (AFD).
Le ministre a toutefois rappelé que les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités. Il les a invités à porter les recommandations auprès de leurs instances respectives et à maintenir leur engagement en faveur des réformes.
Prévenir les conflits et sécuriser les investissements
Les questions foncières touchent directement les populations, les activités économiques et l’utilisation des ressources naturelles. Une gestion peu transparente des terres peut alimenter des différends et fragiliser la cohésion sociale.
À l’inverse, des règles plus claires et des mécanismes de médiation adaptés peuvent contribuer à prévenir les tensions. La sécurisation foncière peut aussi améliorer les conditions d’investissement, notamment dans les secteurs qui dépendent de l’accès à la terre.
Pour l’agriculture africaine, ces enjeux sont particulièrement importants. Les producteurs ont besoin de conditions foncières suffisamment stables pour développer leurs activités et investir dans leurs exploitations. Une meilleure gouvernance peut également faciliter la conciliation entre production agricole, préservation des ressources naturelles et développement des territoires.
Les recommandations formulées à Abidjan mettent ainsi en évidence les liens entre gestion des terres, sécurité des activités productives et développement durable.
Les gouvernements face au défi de l’application
Pour Bruno Nabagné Koné, l’adoption des recommandations représente une première étape. Leur portée dépendra désormais de la capacité des gouvernements à les traduire en décisions et en actions concrètes.
Le ministre a rappelé que la mise en œuvre relève d’abord de la responsabilité des États. Il a également appelé ses homologues chargés du foncier à défendre ces orientations auprès de leurs gouvernements.
L’institutionnalisation des Journées foncières d’Abidjan figure parmi les pistes retenues pour prolonger cette dynamique. Les organisateurs et les acteurs concernés pourraient ainsi disposer d’un cadre régulier pour partager leurs expériences et suivre l’évolution des politiques foncières.
Au terme de cette première édition, les participants ont rapproché leurs expériences et leurs expertises autour d’un enjeu commun. Le principal défi reste désormais de transformer les sept recommandations en mesures concrètes, adaptées aux réalités de chaque pays africain.












