Cacao à 1 200 FCFA : sept organisations réclament des mesures d’urgence

Le prix bord champ du cacao est maintenu à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027, contre 2 800 FCFA lors de la campagne principale précédente. Deux jours après l’annonce officielle, sept organisations professionnelles agricoles dénoncent un « statu quo » et demandent à l’État d’agir sur les stocks résiduels, le soutien aux producteurs et le dialogue avec leurs représentants.

Le 1er septembre, au Parc des Expositions d’Abidjan, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a fixé à 1 200 FCFA/kg le prix minimum garanti du cacao pour la campagne principale 2026-2027. Le café est fixé à 1 300 FCFA/kg. L’annonce est intervenue lors de l’ouverture de la 10ᵉ édition des Journées nationales du cacao et du chocolat.

Le contraste avec la campagne précédente est considérable. Le 1er octobre 2025, le président Alassane Ouattara avait fixé le cacao bien séché, trié et fermenté à 2 800 FCFA/kg, un niveau présenté alors comme un record.

Le gouvernement justifie aujourd’hui le maintien à 1 200 FCFA par la forte volatilité des marchés internationaux et par les conditions de commercialisation des volumes vendus par anticipation.

Pour les sept organisations signataires de la déclaration du 3 septembre, cette explication ne règle toutefois pas la question du revenu des producteurs.

Les organisations parlent de « crise permanente »

La CRCI, la CNMA-CI, le SYNARFACI, le SYPRODACI, le SYNAPROCCACI, l’UNAJEPACI et le SYNEMACCI considèrent le nouveau prix comme une reconduction du niveau appliqué pendant la campagne intermédiaire 2025-2026.

Leur lecture est directe : après le choc de la campagne précédente, le producteur retrouve un prix de 1 200 FCFA alors que les charges engagées dans les exploitations demeurent élevées.

Les organisations estiment surtout que la crise de commercialisation de 2025-2026 n’est pas totalement soldée. Elles réclament donc que la question des stocks encore présents chez certains producteurs soit réglée avant que les nouvelles récoltes ne viennent s’ajouter aux volumes déjà difficiles à écouler.

Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Dès juillet, plusieurs organisations professionnelles réclamaient déjà un bilan documenté du programme de rachat des stocks et un audit des 291 milliards de FCFA mobilisés par l’État.

291 milliards FCFA : le dossier qui reste sensible

Le problème trouve son origine dans la chute brutale des cours internationaux du cacao au début de 2026. L’inventaire réalisé du 15 au 18 janvier avait recensé environ 123 000 tonnes détenues par les producteurs et coopératives, selon des données rapportées par l’AIP. L’État a ensuite mobilisé 291 milliards de FCFA pour financer le rachat d’environ 100 000 tonnes de stocks résiduels.

Mais le bilan de cette opération demeure disputé.

L’OIA Café-Cacao a indiqué en juin que les 23 000 tonnes qui lui avaient été attribuées avaient été commercialisées, tout en précisant que certaines quantités avaient été rejetées pour des problèmes de qualité.

Dans le même temps, des organisations de producteurs ont continué à affirmer que des volumes inventoriés restaient bloqués. À la veille des JNCC, un collectif évoquait notamment 9 867 tonnes qui n’auraient toujours pas été enlevées.

Les chiffres avancés dans la déclaration du 3 septembre — 23 000 tonnes, valorisées à 66,7 milliards de FCFA, ainsi que plus de 7 000 tonnes représentant, selon les signataires, 20,3 milliards de FCFA non reversés — doivent donc être présentés comme les chiffres des organisations signataires, et non comme un bilan officiel définitivement établi.

C’est précisément là que le dossier devient une question de gouvernance : combien de tonnes ont réellement été inventoriées, combien ont été effectivement enlevées, combien ont été payées et à quels bénéficiaires ?

Trois demandes pour éviter l’asphyxie

Les sept organisations ne demandent pas uniquement une révision du prix.

Elles réclament d’abord l’enlèvement des stocks inventoriés de la campagne 2025-2026 qui seraient encore détenus par les producteurs.

Elles demandent ensuite une audience avec les autorités compétentes afin de créer un comité paritaire associant l’État et les organisations professionnelles agricoles. L’objectif serait de rechercher des mesures permettant de sécuriser la nouvelle campagne.

Enfin, elles sollicitent une subvention au bénéfice des producteurs et de leurs organisations, estimant que le prix de 1 200 FCFA ne permet pas, dans les conditions actuelles, d’absorber les difficultés accumulées dans les exploitations.

Le ton est ferme, mais la porte du dialogue reste ouverte. Les signataires affirment vouloir contribuer à une solution durable et disent rechercher le retour du « calme, de la sérénité et de la quiétude » dans les zones de production.

Ce qui se joue derrière les 1 200 FCFA

Le débat dépasse donc le simple affichage d’un prix.

Pour le producteur, un prix officiel n’a de portée réelle que si le cacao est effectivement acheté à ce prix, payé dans les délais et si les stocks peuvent être écoulés. La crise récente a montré qu’un prix garanti peut se heurter à une autre réalité : celle du marché international, des capacités d’achat, du financement des opérateurs et de la gestion des stocks.

Le gouvernement défend précisément le mécanisme actuel en invoquant la volatilité internationale. En avril, Bruno Koné expliquait également que les producteurs ivoiriens recevaient une part importante du prix CAF, tout en reconnaissant le déséquilibre entre le revenu du producteur et la valeur du chocolat vendu au consommateur final.

Le véritable enjeu de la campagne 2026-2027 sera donc moins le chiffre inscrit sur une affiche que la capacité de toute la chaîne à transformer ce prix officiel en revenu effectivement perçu par le planteur.

chiffres différents selon les acteurs.

La prochaine bataille sera celle des chiffres

Avec l’ouverture anticipée de la campagne 2026-2027, la filière café-cacao entre dans une nouvelle séquence sous surveillance. Les sept organisations ont choisi de mettre sur la table trois sujets très concrets : les stocks, l’argent et le revenu du producteur.

La réponse ne passera pas seulement par un nouveau prix. Elle passera aussi par des chiffres vérifiables, des stocks effectivement enlevés et des paiements dont la destination puisse être établie.

Dans le cacao ivoirien, le prix se proclame. La confiance, elle, se mesure dans les sacs effectivement enlevés et les francs effectivement reçus.


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