Cacao sans déforestation : en Côte d’Ivoire, le projet PROMIRE joue sa dernière carte

Peut-on continuer à produire du cacao sans étendre les plantations sur les espaces forestiers ? C’est l’un des défis auxquels tente de répondre PROMIRE, un projet déployé dans trois régions ivoiriennes. À quelques mois de son terme, les résultats affichés dessinent surtout une autre manière de restaurer les terres et de maintenir la production.

Pendant longtemps, l’équation semblait difficile à résoudre. D’un côté, la Côte d’Ivoire doit préserver ses forêts et restaurer des terres déjà dégradées. De l’autre, son économie agricole repose largement sur une filière cacao qui a besoin de surfaces productives.

Le projet PROMIRE tente précisément de travailler sur cette ligne de tension. Son principe : accompagner une production de cacao qui ne repose plus sur la progression de la déforestation, mais sur la restauration des terres et l’intégration des arbres dans les parcelles.

L’expérience est menée dans La Mé, l’Agnéby-Tiassa et le Sud-Comoé, trois régions retenues parmi les territoires confrontés à la pression exercée sur les espaces forestiers par l’expansion cacaoyère.

Refaire produire les terres plutôt que chercher de nouvelles forêts

L’un des enseignements du projet tient dans un changement de logique.

Lorsque les anciennes parcelles s’épuisent, l’extension des cultures peut apparaître comme une solution. PROMIRE mise au contraire sur la remise en état des terres déjà exploitées et sur des systèmes agricoles capables d’associer production et présence d’arbres.

Cette approche passe notamment par l’agroforesterie, qui réintroduit des arbres au sein des espaces agricoles.

Le projet ne se limite donc pas à une question de conservation forestière. Il touche directement à la manière dont les producteurs peuvent continuer à cultiver le cacao sur des terres existantes, tout en améliorant leur environnement de production.

Les premiers chiffres donnent une idée de l’ampleur du chantier.

Plus de 1 260 hectares de terres dégradées auraient ainsi été restaurés. Dans le même temps, plus de 3 527 hectares de plantations de cacao dégradées ont été convertis en systèmes agroforestiers durables.

Derrière ces superficies se trouvent surtout des exploitations et des familles agricoles. Le projet revendique un impact direct auprès de plus de 5 700 petits producteurs dans les trois régions concernées.

Trois territoires, un même problème de fond

La Mé, l’Agnéby-Tiassa et le Sud-Comoé ne présentent pas nécessairement les mêmes réalités agricoles. Elles ont cependant été réunies dans le projet autour d’un enjeu commun : réduire le lien entre développement de la cacaoculture et perte du couvert forestier.

Cette dimension territoriale est importante. La transition vers un cacao sans déforestation ne dépend pas uniquement des producteurs.

Elle implique aussi les services de l’État, les structures chargées du développement agricole et forestier, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, les entreprises et la société civile.

C’est ce qui explique la diversité des acteurs réunis autour de PROMIRE. Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, la FAO, la Sodefor, l’Anader, l’Afor, le Conseil du café-cacao et les conseils régionaux participent au dispositif.

Le secteur privé et la société civile y prennent également part, avec notamment la World Cocoa Foundation et la Spib.

Cette pluralité révèle une réalité souvent moins visible derrière le terme « cacao durable » : changer les pratiques agricoles suppose de coordonner plusieurs niveaux d’action.

L’agroforesterie comme réponse à une terre qui s’épuise

Dans les parcelles de cacao vieillissantes ou dégradées, la question n’est pas uniquement celle du rendement.

La fertilité des sols, la présence d’arbres, la gestion des ressources naturelles et la capacité des producteurs à maintenir leur activité sur le long terme entrent aussi en jeu.

C’est dans cet espace que l’agroforesterie prend son importance dans PROMIRE.

L’objectif n’est pas simplement de planter des arbres pour compenser des pertes forestières. Il s’agit d’intégrer davantage la dimension écologique au fonctionnement même des parcelles agricoles.

Pour la filière cacao ivoirienne, cette évolution représente un changement de perspective : la forêt n’est plus seulement considérée comme un espace à protéger à côté des plantations. Les arbres doivent aussi retrouver une place au sein des systèmes de production.

Une prolongation jusqu’en mai 2027

PROMIRE devait initialement arriver à son terme le 18 février 2026. Le calendrier a finalement été prolongé jusqu’en mai 2027 par le Fonds vert pour le climat, qui finance le projet.

Cette prolongation intervient alors que les responsables disposent déjà de résultats à consolider. Elle s’accompagne du décaissement des deux dernières tranches de financement.

La phase actuelle apparaît donc moins comme un nouveau départ que comme un moment de consolidation.

En avril 2026, une mission réunissant le ministère de l’Environnement, le Fonds vert pour le climat et la FAO s’était rendue sur les sites du projet dans la région de La Mé. Les participants y avaient relevé des résultats jugés tangibles ainsi qu’une adhésion des producteurs et des bénéficiaires.

La question est désormais de savoir ce que ces expériences laisseront derrière elles après la fin du financement.

Le véritable test sera celui du passage à l’échelle

Restaurer plusieurs milliers d’hectares constitue un résultat mesurable. Mais le véritable défi se situe ailleurs : parvenir à faire de ces pratiques une composante durable de la filière ivoirienne.

C’est tout l’enjeu de la dernière période de PROMIRE.

Le projet est né dans le prolongement de l’engagement de la Côte d’Ivoire en faveur de REDD+, le mécanisme international consacré à la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. Le pays vise notamment la restauration de 20 % de sa couverture forestière d’ici 2030.

Pour le cacao, cette ambition impose de résoudre une question très concrète : produire davantage ou mieux, sans que chaque nouvelle parcelle signifie nécessairement la disparition d’un espace forestier.

Les hectares restaurés, les plantations converties et les milliers de producteurs accompagnés constituent une première réponse. Mais le pari de PROMIRE ne sera véritablement gagné que si les pratiques expérimentées dans La Mé, l’Agnéby-Tiassa et le Sud-Comoé peuvent dépasser le cadre du projet.

À terme, le « cacao sans déforestation » devra donc être plus qu’un programme financé sur une période donnée. Il devra devenir une manière durable de produire.

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