Derrière les discussions sur les matières premières, une question revient toujours au même point : qui capte réellement la valeur créée par une production agricole ? À Amsterdam, la Côte d’Ivoire a tenté de replacer cette interrogation au centre des échanges avec le Common Fund for Commodities.
Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a participé les 14 et 16 septembre à la 82ᵉ réunion du Conseil exécutif du CFC, aux côtés notamment de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire aux Pays-Bas, Mifougo Diarrassouba. La réunion portait notamment sur le financement des PME et des coopératives agricoles, le suivi des investissements et le développement de chaînes de valeur plus durables.

Le financement, premier maillon d’une chaîne encore fragile
Pour une petite exploitation, accéder au marché ne suffit pas. Il faut pouvoir financer les intrants, stocker, transformer, transporter et parfois attendre avant de vendre. C’est précisément à cet endroit que le financement des PME agricoles et des coopératives peut devenir stratégique.
Le CFC se présente comme une institution financière intergouvernementale spécialisée dans les produits de base et les pays dépendants des matières premières. Son objectif affiché est de soutenir le développement socio-économique des producteurs et de favoriser la transformation, la production et le commerce des commodities.
La question n’est donc pas uniquement de produire davantage. Elle consiste aussi à conserver une part plus importante de la valeur après la récolte.
Pour la Côte d’Ivoire, cette problématique traverse plusieurs filières. Cacao, café, cajou, coton, fruits ou encore productions vivrières : la matière première quitte souvent l’exploitation avant que les opérations de transformation les plus rémunératrices ne soient réalisées.
Le financement peut alors servir de levier pour rapprocher certaines étapes de la production des territoires agricoles.

Du financement à la transformation locale
À Amsterdam, Bruno Koné a plaidé pour un partenariat renforcé entre la Côte d’Ivoire et le CFC, notamment afin d’accélérer la transformation locale et d’améliorer la rémunération des producteurs.
Le gouvernement ivoirien indique que le CFC a déjà accompagné 31 projets en Côte d’Ivoire dans différentes filières agricoles. L’institution a également proposé d’accompagner Abidjan dans l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée des produits de base, couvrant la chaîne depuis la production jusqu’à la commercialisation.
Cette proposition donne une dimension plus large à la rencontre d’Amsterdam. Il ne s’agit plus seulement de chercher des financements pour quelques projets. L’enjeu devient celui de l’organisation globale des chaînes de valeur.
Une telle approche peut concerner les infrastructures de stockage, la transformation, la logistique, l’accès au marché ou encore les capacités des organisations de producteurs.
Mais un financement ne constitue pas, à lui seul, une garantie de meilleur revenu agricole. Tout dépend de la manière dont les projets sont structurés, de leur accès au marché et de la part de valeur qui revient effectivement aux producteurs.

Des chaînes de valeur confrontées au climat
Autre sujet au centre des échanges : la durabilité des chaînes de valeur et leur capacité à résister aux effets du changement climatique.
Pour les agriculteurs, cette notion prend une dimension très concrète. Une saison irrégulière, une pression accrue sur les cultures ou une modification des conditions de production peuvent affecter les volumes comme les revenus.
Le financement de la filière doit donc dépasser la seule logique de production. Les investissements peuvent aussi viser la transformation, la diversification, les infrastructures et les solutions permettant aux acteurs agricoles de mieux absorber les aléas.
Le CFC a d’ailleurs placé la résilience climatique et le soutien aux petits exploitants parmi ses axes d’intervention. En avril 2026, son Conseil exécutif avait approuvé de nouveaux investissements destinés notamment à renforcer les chaînes agricoles et les moyens de subsistance des petits producteurs dans plusieurs régions du monde.
La matière première ne suffit plus
Pour Epiracine, l’intérêt de cette actualité se trouve aussi ici : une agriculture compétitive ne se mesure pas seulement au volume récolté.
La véritable transformation commence lorsque le territoire de production peut conserver davantage de valeur. Une fève de cacao transformée localement, une noix de cajou mieux valorisée, une épice conditionnée ou un produit agricole transformé avant sa mise sur le marché ne racontent pas la même histoire économique que la matière première vendue sans transformation.
Cette logique rejoint les discussions internationales sur les chaînes de valeur. En juin et juillet 2026, le Comité consultatif du CFC avait recommandé 18 projets d’investissement couvrant notamment le cacao, le café, le cajou, le coton, le miel, l’horticulture et les fruits tropicaux.
Pour les pays producteurs, le défi consiste donc à passer d’une économie fondée principalement sur la fourniture de matières premières à des filières capables de transformer, conditionner, commercialiser et mieux valoriser leurs productions.
Ce que les producteurs attendent maintenant
Le déplacement de Bruno Koné à Amsterdam débouche sur plusieurs pistes annoncées : renforcer le partenariat avec le CFC, mobiliser des financements pour les PME et coopératives, poursuivre les investissements et travailler à une stratégie nationale intégrée des produits de base.
La prochaine étape sera cependant beaucoup moins institutionnelle.
Elle se mesurera dans les exploitations, les coopératives et les unités de transformation. Elle se verra dans la capacité d’une petite entreprise agricole à obtenir un financement, d’une coopérative à mieux stocker sa production ou d’un producteur à bénéficier d’une part plus importante de la valeur créée après la récolte.
À Amsterdam, la Côte d’Ivoire a porté le sujet du financement agricole à une table internationale. Reste désormais à transformer les engagements annoncés en investissements visibles dans les territoires et en revenus plus solides pour ceux qui produisent.












