Formation agricole : une école régionale prend forme à Sassandra

À Sassandra, un projet d’école régionale de l’agriculture veut faire de la formation pratique un outil d’insertion pour les jeunes. Sur 45 hectares, les futurs apprenants devraient expérimenter le maraîchage, l’élevage et la pisciculture avant leur entrée dans le monde professionnel.

Former des jeunes à l’agriculture ne consiste plus seulement à leur transmettre des connaissances dans une salle de classe. Il faut aussi leur permettre de toucher la terre, d’observer les animaux, de gérer une production et de comprendre les contraintes économiques d’une exploitation.

C’est précisément l’ambition affichée à Sassandra, où une École Régionale de l’Agriculture est en train de prendre forme.

Mardi 8 septembre 2026, le directeur général de l’Institut national de formation professionnelle agricole (INFPA), Dr Ayenan Marc-Olivier, s’est rendu sur le site pour suivre l’avancement du projet porté par le Conseil régional, avec l’accompagnement du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières.

45 hectares pour apprendre autrement

Le futur établissement doit s’étendre sur 45 hectares et accueillir à terme 600 élèves.

Mais le projet ne prévoit pas seulement des salles de cours. Une partie du terrain doit devenir un véritable espace d’expérimentation agricole.

Les premiers aménagements ont déjà commencé sur 11 hectares. Ils comprennent notamment des fermes d’application et une ferme piscicole.

Les futurs apprenants pourront ainsi se confronter à plusieurs activités : maraîchage, aviculture, pisciculture, élevage de lapins et élevage d’escargots.

Cette diversité n’est pas anodine.

Elle permet d’envisager une formation qui ne réduit pas l’agriculture à une seule production. Un jeune pourra découvrir plusieurs modèles d’exploitation et mieux comprendre les possibilités économiques offertes par les différentes filières.

De la salle de classe à la ferme d’application

L’un des enjeux majeurs du projet réside dans cette articulation entre théorie et pratique.

Le coordonnateur du projet, Pierre Joseph, résume l’objectif autour de deux dimensions : la pédagogie et l’économie.

L’idée est que chaque élève puisse acquérir une connaissance concrète des productions agricoles.

Cette approche peut changer la manière dont les jeunes appréhendent les métiers agricoles. Apprendre à produire suppose aussi de comprendre les gestes techniques, les cycles de production, les besoins des animaux, la gestion d’une parcelle ou encore les réalités quotidiennes d’une exploitation.

Une ferme d’application devient alors bien plus qu’un simple équipement pédagogique. Elle constitue un lieu où l’apprenant peut expérimenter avant de se retrouver seul face aux exigences d’une activité professionnelle.

L’agriculture comme métier, mais aussi comme entreprise

Le projet de Sassandra porte également une autre ambition : faire de la formation agricole un passage vers l’entrepreneuriat.

C’est un enjeu important pour une jeunesse appelée à trouver de nouvelles possibilités d’insertion dans les territoires.

Un jeune formé à la pisciculture, au maraîchage ou à l’élevage peut potentiellement envisager plusieurs trajectoires : intégrer une exploitation, travailler dans une entreprise agricole, développer une activité personnelle ou créer progressivement sa propre unité de production.

La formation doit donc dépasser la seule acquisition d’un savoir-faire technique.

Elle doit aussi aider les futurs professionnels à comprendre comment une activité agricole fonctionne économiquement.

Produire est une chose. Savoir faire vivre une exploitation en est une autre.

Pourquoi la pratique compte autant en agriculture

L’agriculture possède une particularité que les formations purement théoriques ne peuvent pas toujours reproduire : elle dépend directement du vivant.

Un sol n’est jamais exactement identique à un autre. Une culture évolue avec la météo. Un élevage demande une surveillance quotidienne. Une activité piscicole dépend de nombreux paramètres qui doivent être observés et maîtrisés.

La pratique permet donc d’apprendre à réagir à des situations concrètes.

À Sassandra, les fermes d’application pourraient jouer ce rôle en rapprochant progressivement les élèves des réalités qu’ils rencontreront après leur formation.

Cette orientation correspond également à une évolution des besoins du secteur agricole ivoirien. La modernisation de l’agriculture ne dépend pas uniquement des équipements ou des technologies. Elle repose aussi sur la capacité du pays à former des femmes et des hommes capables de les utiliser efficacement.

Sassandra comme point d’ancrage régional

Le choix d’une implantation régionale donne également au projet une dimension territoriale.

L’école est appelée à servir la jeunesse, mais aussi à participer au développement de son environnement.

Pour le directeur général de l’INFPA, les jeunes doivent être préparés à contribuer au développement des régions, des territoires et du pays.

Cette vision fait de l’établissement potentiel un outil qui dépasse la formation individuelle.

À terme, une école agricole peut aussi contribuer à diffuser des pratiques, à stimuler l’entrepreneuriat local et à rapprocher les jeunes des opportunités offertes par les filières agricoles de leur région.

Former une nouvelle génération de producteurs

L’engagement du ministre Bruno Nabagné Koné en faveur de la formation et de l’insertion des jeunes a été salué lors de la visite.

Le projet de Sassandra s’inscrit ainsi dans une question plus large : qui produira demain et avec quelles compétences ?

Le renouvellement du monde agricole passe nécessairement par l’arrivée de nouvelles générations. Mais attirer les jeunes vers l’agriculture suppose de leur montrer qu’il peut s’agir d’un secteur où l’on peut apprendre, entreprendre, innover et construire une activité durable.

Avec ses 45 hectares, ses fermes d’application et ses différentes filières de production, la future école régionale veut précisément créer cet environnement.

Son véritable test ne sera toutefois pas seulement le nombre d’élèves accueillis.

Il se mesurera surtout au nombre de jeunes capables, après leur formation, de transformer un savoir appris à l’école en activité agricole viable, emploi ou entreprise dans leur territoire.

À Sassandra, le pari est donc lancé : faire de la formation pratique non pas une étape secondaire de l’enseignement agricole, mais l’un des fondements d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et de professionnels de la terre.

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