Côte d’Ivoire–Chine : les investissements chinois à la recherche de projets concrets

La Côte d’Ivoire veut aller plus loin que la vente de matières premières. En Chine, le CCAK et le CEPICI cherchent à attirer des investissements chinois capables d’apporter des usines, des technologies et de nouvelles capacités de transformation aux filières coton, anacarde et karité.

Une matière première peut quitter un champ ou une usine sans que toute sa valeur reste dans le pays qui l’a produite. C’est précisément cette équation que la Côte d’Ivoire cherche aujourd’hui à modifier.

En marge du salon Intertextile, le Conseil Coton Anacarde Karité (CCAK) et le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) ont multiplié les rencontres avec des opérateurs économiques. Des conventions et des Memoranda of Understanding (MoU) ont été signés avec plusieurs partenaires.

Mais derrière les signatures, l’objectif est plus large : attirer des entreprises capables de transformer davantage sur place et de faire évoluer les filières vers des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée.

Le potentiel ivoirien ne s’arrête pas à la production

Le coton, l’anacarde et le karité constituent des ressources importantes pour l’économie ivoirienne. Pourtant, leur potentiel ne se résume pas aux volumes produits.

Une filière agricole devient plus créatrice de valeur lorsqu’elle parvient à développer des activités autour de sa matière première : transformation, fabrication, conditionnement, logistique ou commercialisation de produits finis.

C’est sur cette partie de la chaîne que la prospection menée en Chine prend tout son sens.

Les investisseurs recherchés ne sont pas uniquement ceux qui souhaitent acheter ou commercialiser des produits ivoiriens. La Côte d’Ivoire veut également attirer ceux qui peuvent installer des capacités industrielles et produire localement.

Le textile ouvre une nouvelle porte

Le salon Intertextile a offert un terrain particulièrement intéressant pour présenter ces possibilités.

Des acteurs du textile ont manifesté leur intérêt pour les opportunités offertes par la Côte d’Ivoire. Une entreprise malaisienne et une entreprise italienne ont également échangé avec la délégation ivoirienne sur des perspectives d’implantation et de développement de chaînes de valeur.

Le textile constitue ici un exemple révélateur.

Entre la production d’une fibre et la commercialisation d’un vêtement, de nombreuses étapes peuvent générer de la valeur. Filature, tissage, confection, finition ou encore distribution mobilisent des équipements, des compétences et une main-d’œuvre.

Chaque étape réalisée localement peut donc contribuer à élargir l’écosystème industriel.

L’anacarde et le karité posent la même question

Le raisonnement ne concerne toutefois pas uniquement le textile.

L’anacarde et le karité offrent eux aussi des possibilités de transformation qui dépassent la commercialisation de matières premières.

Pour l’anacarde, transformer localement permet notamment de développer des activités autour de la noix et de ses dérivés. Pour le karité, les perspectives concernent aussi bien les produits alimentaires que les applications cosmétiques ou industrielles.

L’enjeu est donc commun à plusieurs filières : comment conserver davantage de valeur économique entre le lieu de production et le produit final ?

Les investissements étrangers peuvent contribuer à répondre à cette question, à condition qu’ils s’accompagnent d’une véritable implantation industrielle.

Des usines, mais aussi des compétences

L’un des aspects les plus importants de la démarche concerne justement le transfert de technologies.

Le CCAK et le CEPICI affichent l’ambition de favoriser l’installation d’unités industrielles de dernière génération.

Pour la Côte d’Ivoire, l’intérêt d’un tel investissement ne se limite donc pas au montant injecté dans l’économie.

Une entreprise industrielle peut également apporter des machines, des procédés de fabrication, des normes de production et des compétences.

Cette dimension est particulièrement importante pour des filières qui cherchent à gagner en compétitivité.

Mais le transfert de technologie doit rester concret. Il suppose des travailleurs formés, des équipements adaptés aux réalités locales et des relations durables entre les entreprises étrangères et l’écosystème ivoirien.

Le véritable test commencera après les salons

Les rencontres B2B constituent une première étape. Elles permettent de présenter les opportunités, d’identifier des partenaires et de mesurer leur intérêt.

Elles ne garantissent toutefois pas la réalisation d’un investissement.

C’est pourquoi les organisateurs d’Intertextile prévoient de mettre à la disposition du CEPICI une base de données des investisseurs présents au forum.

L’objectif est simple : garder le contact et assurer le suivi.

Cette étape peut sembler administrative. Elle est pourtant déterminante.

Entre une discussion autour d’un stand et l’ouverture d’une usine, plusieurs étapes restent nécessaires : étude du projet, financement, choix du site, cadre réglementaire, équipements, recrutement et formation.

La réussite de la prospection chinoise se jouera donc moins dans le nombre de contacts obtenus que dans la capacité à les convertir en projets.

Quand l’investissement rencontre le producteur

Pour les filières agricoles, cette transformation des contacts en projets industriels pourrait avoir des effets plus larges.

Une unité de transformation a besoin de matières premières. Elle peut donc contribuer à structurer la demande autour des producteurs.

Elle peut également créer des emplois, stimuler les services associés et développer de nouvelles compétences dans les zones concernées.

Mais ces retombées ne sont pas automatiques.

Elles dépendront notamment de la manière dont les futurs projets s’intègreront aux chaînes de valeur existantes et des relations qu’ils établiront avec les producteurs et les entreprises locales.

L’objectif n’est donc pas seulement de faire venir une usine.

Il est de construire un écosystème dans lequel la matière première ivoirienne nourrit une industrie installée en Côte d’Ivoire.

Abidjan pourrait transformer l’essai

La mission chinoise n’est finalement qu’une étape.

Après Shanghai, la dynamique doit se poursuivre à Abidjan avec le Forum économique Côte d’Ivoire–Chine, prévu du 26 au 28 novembre 2026.

Ce rendez-vous offrira une nouvelle occasion de présenter les opportunités ivoiriennes et de poursuivre les discussions engagées avec les investisseurs.

Le défi sera alors de franchir le dernier obstacle : passer de l’intérêt à la décision, puis de la décision à l’implantation.

Pour le CCAK et le CEPICI, la logique est désormais clairement posée : les contacts doivent devenir des projets, les projets des investissements et les investissements des emplois et de la croissance.

Pour les filières ivoiriennes, l’enjeu est encore plus concret : faire en sorte qu’une plus grande part de la valeur créée par le coton, l’anacarde et le karité soit produite, transformée et captée localement.

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