L’agriculture ivoirienne entre dans une nouvelle phase de transformation. C’est en tout cas la vision défendue par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, lors de sa participation au Harvard Ministerial Leadership Program 2026.
Invité par le Conseil consultatif du programme, le ministre a participé, à Boston, à une rencontre consacrée au leadership et aux réformes capables de produire des effets durables. Une vingtaine de responsables venus de différents pays prennent part chaque année à ce programme.
Mais au-delà du rendez-vous international, c’est surtout la feuille de route présentée par le ministre qui retient l’attention.
Cent centres de services agricoles annoncés
Le premier chantier concerne l’accès aux équipements et aux services techniques.
Le gouvernement prévoit la création et l’équipement d’une centaine de centres de services agricoles à travers le pays. L’idée est de rapprocher les moyens de production des exploitants, alors que l’accès aux équipements reste un enjeu important pour de nombreuses exploitations.
La modernisation ne devrait toutefois pas se limiter aux machines.
La feuille de route présentée à Harvard prévoit également des actions sur les semences et les engrais, deux leviers essentiels pour améliorer les rendements. Le ministère met aussi l’accent sur le renforcement des capacités des producteurs.
La maîtrise de l’eau devient un enjeu central
Autre volet annoncé : l’eau.
Le gouvernement entend développer des barrages et des systèmes d’irrigation afin de mieux maîtriser les ressources hydriques disponibles pour l’agriculture.
Cette orientation peut avoir des conséquences importantes pour les cultures vivrières. Une agriculture moins dépendante des seules pluies peut mieux planifier les cycles de production et sécuriser certaines récoltes.
Pour les producteurs, la question est donc moins celle d’une agriculture simplement « moderne » que celle d’une agriculture capable de produire de manière plus régulière.
Produire plus, mais surtout gagner davantage
C’est probablement le point le plus important de la feuille de route.
Le ministère indique que la réussite de cette transformation devra être mesurée à partir de résultats concrets : utilisation effective des équipements, amélioration des rendements, hausse des productions, développement de la transformation locale et augmentation des revenus des agriculteurs.
Cette dernière dimension est essentielle.
Une hausse de la production ne garantit pas automatiquement une amélioration du revenu agricole. Si les producteurs vendent leurs récoltes sans pouvoir les stocker, les transformer ou négocier de meilleures conditions de commercialisation, une partie de la valeur créée leur échappe encore.
La transformation locale apparaît donc comme un autre maillon important de cette stratégie.
De la production à la transformation
Pour ÉpiRacines, cette orientation mérite une attention particulière.
Transformer davantage les productions agricoles en Côte d’Ivoire signifie pouvoir conserver plus longtemps certains produits, créer de nouveaux débouchés et développer des produits à plus forte valeur ajoutée.
Le raisonnement vaut pour les grandes cultures comme pour les productions vivrières, les plantes aromatiques ou les épices.
Un produit agricole vendu brut ne porte pas la même valeur économique qu’un produit trié, séché dans de bonnes conditions, conditionné et transformé localement.
La modernisation annoncée ne concerne donc pas seulement ce qui se passe dans le champ. Elle touche aussi ce qui vient après la récolte.
Une feuille de route qui devra maintenant se mesurer sur le terrain
À Harvard, Bruno Koné a placé la modernisation au cœur de son « objectif d’héritage ». Le ministère indique que cette transformation doit renforcer la sécurité alimentaire, accroître les productions, créer des emplois et améliorer les conditions de vie des producteurs.
Reste désormais la question de la mise en œuvre.
La création des centres de services, l’accès aux intrants, la maîtrise de l’eau et le développement de la transformation demanderont des investissements importants et une organisation adaptée aux réalités des différentes régions agricoles.
L’enjeu sera surtout de faire en sorte que cette modernisation ne reste pas une ambition formulée dans les grandes conférences internationales.
Elle devra se vérifier dans les exploitations, dans les rendements, dans les unités de transformation et, surtout, dans les revenus des producteurs.
À retenir
- 27 septembre 2026 : début de la participation de Bruno Koné au programme de leadership ministériel de Harvard à Boston.
- 28 septembre 2026 : présentation de sa feuille de route pour une agriculture ivoirienne de nouvelle génération.
- 100 centres de services agricoles sont prévus dans le cadre de cette ambition.
- Semences, engrais, irrigation, équipements et formation figurent parmi les principaux leviers.
- L’objectif final annoncé reste l’amélioration de la production et des revenus des agriculteurs.












