Le coton ivoirien a déjà connu le scénario du rebond. Il doit maintenant apprendre celui de la résistance.
Mardi 8 septembre, chercheurs, professionnels du coton et partenaires techniques se sont retrouvés à Yamoussoukro pour examiner les priorités de recherche de la filière. Derrière les discussions scientifiques, une question très concrète se pose : comment éviter qu’un prochain choc climatique ou parasitaire ne fasse à nouveau vaciller des milliers d’exploitations ?
Un insecte a suffi à changer la trajectoire
La crise des jassides reste le meilleur révélateur de cette fragilité.
La production de coton graine avait atteint 559 483 tonnes en 2020-2021, après 310 377 tonnes en 2015-2016. Elle était encore de 539 623 tonnes en 2021-2022. Puis les attaques de jassides ont provoqué une chute de plus de moitié lors de la campagne suivante, avec environ 236 000 tonnes.
La campagne 2023-2024 a marqué une reprise, à 347 922 tonnes. Mais ce redressement ne signifie pas que le problème est définitivement réglé.
L’épisode a surtout montré une faiblesse du système : une solution efficace dans les conditions habituelles peut devenir insuffisante lorsque le profil d’un ravageur évolue.
C’est précisément là que la recherche devient stratégique.
Le prochain rendement se prépare aussi sous terre
Les travaux attendus ne concernent pas uniquement les insectes.
La fertilité des sols constitue un autre chantier. Dans les zones cotonnières, maintenir la productivité suppose de mieux comprendre les besoins des parcelles et l’efficacité réelle des apports. Le CNRA travaille déjà sur cette question, notamment à travers des partenariats portant sur l’appauvrissement des sols.
Le changement climatique ajoute une couche de complexité. Une pluviométrie moins régulière peut modifier le calendrier des cultures, les besoins en eau et la pression de certains bioagresseurs.
Pour les chercheurs, le défi n’est donc pas simplement de trouver « une nouvelle technologie ». Il consiste à déterminer quelles pratiques restent performantes lorsque plusieurs contraintes arrivent en même temps.
C’est une différence importante.
Une variété intéressante en station expérimentale doit encore faire ses preuves chez le producteur. Une pratique agroécologique séduisante doit aussi démontrer qu’elle peut être adoptée sans faire exploser les coûts ou le temps de travail.
CNRA et CIRAD appelés à rapprocher la science du champ
Le dispositif réunit notamment le CNRA et le CIRAD, avec les structures d’encadrement, les sociétés cotonnières et les organisations professionnelles.
L’enjeu annoncé est de déboucher sur un programme de recherche précis, avec des responsabilités et des moyens identifiés.
Cette logique peut sembler administrative. Elle touche pourtant à un problème central de l’agriculture africaine : produire de la connaissance ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle circule jusqu’à la parcelle.
Le cotonculteur n’attend pas un article scientifique de plus. Il attend une variété adaptée, une recommandation fiable, un calendrier de traitement pertinent ou une méthode permettant de préserver son sol sans alourdir inutilement sa facture.
C’est à cet endroit que se mesure la valeur économique d’une recherche agronomique.
L’objectif des 600 000 tonnes passe par la robustesse
La filière vise désormais 600 000 tonnes de coton graine à l’horizon 2030. Cet objectif a encore été mis en avant en août 2026 par le nouveau président d’Intercoton, Ouattara Zana.
Mais augmenter la production ne consiste pas seulement à agrandir les superficies ou à demander davantage aux producteurs.
Le véritable défi sera de produire davantage avec une filière moins exposée aux mauvaises surprises.
Cela suppose de travailler simultanément sur les variétés, la protection des cultures, la fertilité des sols, les pratiques agricoles et l’adaptation aux variations climatiques.
L’atelier de Yamoussoukro arrive donc à un moment intéressant. Après avoir constaté les dégâts d’une crise, la filière tente de financer et d’organiser les connaissances nécessaires pour anticiper la suivante.
Ce que dit la science
Démontré / documenté
La crise des jassides a provoqué une forte baisse de la production ivoirienne en 2022-2023. La production a ensuite commencé à remonter.
Les travaux agronomiques ivoiriens portent notamment sur la protection du cotonnier et la fertilité des sols.
Prometteur mais encore à confirmer
Les recherches sur les variétés, l’agroécologie, la gestion des sols et l’adaptation climatique peuvent renforcer la résilience de la filière. Leur intérêt doit cependant être évalué dans les conditions réelles des exploitations.
À ne pas présenter comme une preuve
Une expérimentation réussie ne garantit pas automatiquement un gain de rendement à grande échelle. Il faut encore mesurer les résultats, le coût, l’adoption par les producteurs et la stabilité des performances selon les régions et les saisons.
La vraie innovation devra survivre au terrain
Le coton ivoirien n’a pas seulement besoin de produire plus. Il doit apprendre à encaisser les chocs sans perdre plusieurs années de progrès.
Le laboratoire peut trouver la piste. La parcelle, elle, dira si la piste tient la route.
Dans le coton comme ailleurs, la meilleure innovation est celle qui résiste à la saison suivante.













