Cacao ivoirien : la traçabilité change les habitudes des coopératives

Depuis le 1er septembre 2026, la carte du producteur s’installe progressivement au cœur des transactions de cacao en Côte d’Ivoire. En deux semaines, 600 sociétés coopératives ont déjà réalisé l’ensemble de leurs achats et livraisons de la campagne 2026-2027 avec ce nouveau dispositif. Une évolution qui transforme peu à peu la manière dont les fèves passent du producteur au marché.

Un achat de cacao ne se résume désormais plus à une quantité de fèves et à un prix payé au producteur. Avec le Système national de traçabilité (SNT), chaque transaction doit désormais s’inscrire dans une chaîne de données permettant de relier la production à son origine.

Le Conseil du café-cacao indique que 600 sociétés coopératives ont déjà effectué tous leurs achats et livraisons de fèves de la campagne 2026-2027 avec la carte du producteur. Ces coopératives utilisent également les sacs et les scellés prévus par le nouveau dispositif.

Le producteur devient un point d’entrée de la traçabilité

La nouveauté du dispositif tient notamment à la place donnée à la carte du producteur.

Entre le 1er et le 13 septembre, environ 38 000 producteurs avaient déjà effectué des transactions avec leur carte. Dans le même temps, plus de 26 000 tonnes de cacao avaient été achetées auprès des producteurs.

Ces chiffres donnent une première idée de l’ampleur du changement.

La transaction ne s’arrête plus au paiement. Elle alimente un système capable de documenter le parcours commercial du cacao. Pour les coopératives, cela implique de nouvelles habitudes de travail. Pour les producteurs, la carte devient un élément directement lié à la vente de leur production.

Le Conseil du café-cacao avait préparé cette transition en formant les sociétés coopératives et en distribuant du matériel. 10 000 terminaux de paiement électronique et 10 millions de scellés avaient ainsi été fournis gratuitement avant le démarrage du système.

Des fèves identifiées jusqu’au chargement

La traçabilité ne repose pas uniquement sur la carte.

Les sacs et les scellés participent également au dispositif. Ils permettent d’associer les fèves à des opérations identifiées dans la chaîne d’approvisionnement.

Le système va ensuite plus loin. Au 17 septembre, 450 connaissements avaient été validés par les coopératives, les acheteurs et les exportateurs dans le Système de suivi des stocks brousses (SYDORE), selon les données communiquées par le Conseil du café-cacao. Ces documents correspondent aux opérations de chargement des marchandises.

Autrement dit, le système commence à relier plusieurs étapes qui étaient auparavant dispersées : le producteur, l’achat, le conditionnement, le stock puis l’expédition.

C’est cette continuité qui donne son intérêt économique à la traçabilité.

Traçabilité du cacao ivoirien dans une coopérative

Pourquoi cette évolution compte pour le marché du cacao

Pour un produit destiné à des marchés internationaux exigeants, connaître l’origine de la matière première devient progressivement une condition de commercialisation.

La réglementation européenne sur les produits sans déforestation constitue l’un des moteurs de cette transformation. Le règlement européen sur la déforestation (EUDR) doit commencer à s’appliquer le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, puis le 30 juin 2027 pour certaines micro et petites entreprises. Le cacao figure parmi les matières premières couvertes par ce règlement.

La Côte d’Ivoire ne prépare donc pas seulement une réforme administrative. Elle cherche à rendre sa chaîne d’approvisionnement capable de répondre aux nouvelles exigences de ses marchés.

Cette distinction est importante. La traçabilité n’augmente pas automatiquement le revenu du producteur. Elle ne garantit pas non plus, à elle seule, un meilleur prix. Son premier rôle consiste à produire une information fiable sur l’origine et le parcours du cacao.

La question suivante sera celle de la valeur créée par cette information.

De la donnée à la valeur agricole

Une fève mieux identifiée est une fève dont l’origine peut être documentée. Pour les exportateurs et les industriels, cette donnée peut faciliter la conformité aux exigences des marchés.

Pour les coopératives, elle peut aussi contribuer à mieux connaître les volumes collectés et les producteurs concernés.

Mais la véritable portée du SNT se mesurera sur le long terme.

Si les données collectées permettent de mieux organiser les achats, d’identifier les zones de production, de réduire les risques liés à l’origine des fèves et de sécuriser l’accès aux marchés, la traçabilité deviendra progressivement un outil de structuration de la filière.

Elle pourrait alors dépasser son rôle de contrôle pour devenir un instrument de connaissance du marché.

C’est là que le changement devient intéressant pour l’agriculture ivoirienne : mieux connaître le cacao, c’est aussi mieux connaître ceux qui le produisent, les volumes qui circulent et les chemins empruntés par la matière première.

Une réforme qui devra encore faire ses preuves

Les premiers résultats montrent une adoption rapide du dispositif par une partie des coopératives. Le Conseil du café-cacao poursuit d’ailleurs la distribution des équipements dans ses 13 délégations régionales afin d’étendre le système à l’ensemble des coopératives agréées.

Cette phase de déploiement sera déterminante.

Il faudra notamment observer la capacité du dispositif à fonctionner dans les zones de production, la qualité des données enregistrées et la manière dont ces informations seront utilisées par les différents acteurs de la filière.

Le SNT change donc déjà la façon de vendre et de suivre le cacao. Mais son véritable bilan ne se fera pas au nombre de cartes utilisées ou de transactions enregistrées.

Il se fera lorsque la donnée collectée au moment de l’achat permettra réellement de mieux comprendre, sécuriser et valoriser le cacao ivoirien jusqu’au marché final.

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