Le succès retentissant du Poivre de Penja au Cameroun — devenu la première Indication Géographique Protégée (IGP) d’Afrique subsaharienne reconnue par l’OAPI — a servi d’électrochoc. Depuis, la Côte d’Ivoire observe ce phénomène avec gourmandise et une pointe de regret. Et pour cause : les forêts humides des montagnes du Grand-Ouest, autour de Man, Danané et Bangolo, abritent des variétés de poivres sauvages (Piper guineense, communément appelé poivre d’Ashanti ou ti-padipa) aux notes mentholées et résineuses uniques au monde. Et cela ne date pas d’hier.
Malgré quelques initiatives pour lui tailler une robe de modernité, ce poivre d’exception est toujours récolté de manière informelle par les populations riveraines des forêts, vendu à vrac sur les bords de route ou acheminé dans des bassines ou sacs vers les marchés de gros.
En effet, faute de structuration en filière et de certification officielle, ce trésor s’écoule à des prix dérisoires au niveau du producteur, alors que selon des estimations de sources, il pourrait chercher les 50 000 à 80 000 FCFA le kilo sur les tables des grands chefs étoilés à Paris, Tokyo ou New York.
D’où la nécessité et l’urgence pour les autorités de donner un coup de fouet au processus de l’IGP. En effet, créer un label IGP pour le poivre des montagnes de l’Ouest ivoirien permettrait non seulement de protéger la biodiversité forestière contre le défrichage sauvage, mais aussi de garantir un revenu décent aux communautés rurales.
L’enjeu de cette démarche est clair : transformer une cueillette opportuniste en une industrie de spécialité à haute valeur ajoutée, capable de rivaliser avec les plus grands crus de poivre asiatiques ou sud-américains.
















