Pendant longtemps, le soumbala (fabriqué à partir des graines fermentées du néré, Parkia biglobosa) traînait une image ambivalente : condiment roi de la gastronomie savanicole, mais parfois boudé par les jeunes générations urbaines à cause de son fumet puissant et insistant. Aujourd’hui, la tendance s’inverse brutalement. Porté par la vague du « consommer local » et la prise de conscience des méfaits des bouillons de synthèse sursaturés en sel et en glutamate, le soumbala effectue un retour triomphal sur les tables africaines.
Dans le Nord de la Côte d’Ivoire, entre Korhogo et Ferkessédougou, des coopératives féminines modernisent à grands pas la fermentation artisanale. Le défi n’était pas mince : stabiliser l’hygiène, standardiser le taux d’humidité et éliminer l’odeur résiduelle tenace lors du transport. Grâce au séchage solaire contrôlé et au conditionnement hermétique ou en poudre soluble, le soumbala s’invite désormais dans les grandes surfaces d’Abidjan, de Dakar et de Bamako.
Sur le plan économique, la valeur ajoutée reste spectaculaire. Un kilo de graines de néré brutes acheté au producteur rural prend jusqu’à 400 % de valeur une fois fermenté, séché, moulu et étiqueté sous une marque propre. Des PME ivoiriennes émergentes ont compris le filon : exporter ce condiment riche en protéines et en fer vers les marchés de niche bio en Europe. Le « fromage de brousse » n’est plus une relique du village, c’est une pépite agro-industrielle en puissance.
















