Au milieu des stands des Journées nationales du cacao et du chocolat, le sujet avait quelque chose de moins spectaculaire qu’une tablette de chocolat ou qu’une fève soigneusement exposée. Pourtant, il touche directement à l’avenir de milliers d’exploitations ivoiriennes : la recherche agricole.
Mardi 1er septembre dernier, au Parc des expositions d’Abidjan, le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA) a placé la recherche appliquée et le conseil agricole au centre de son message.
Pour N’Guettia Assouman, président du conseil d’administration du FIRCA, l’enjeu est très concret : financer les travaux capables d’apporter des réponses aux maladies et aux ravageurs qui pénalisent les plantations, notamment le swollen shoot.
« Ce qu’il faut faire aujourd’hui, avec la recherche, c’est trouver le mécanisme pour lutter contre ces maladies-là », a-t-il déclaré, en reliant directement la recherche à deux préoccupations du producteur : le rendement et le revenu.
Du laboratoire à la plantation
Le FIRCA intervient comme maître d’ouvrage délégué dans plusieurs programmes de recherche appliquée et de conseil agricole consacrés au café et au cacao, notamment dans le cadre du Programme Quantité-Qualité-Croissance (2QC).
Les travaux conduits avec le Centre national de recherche agronomique (CNRA) ont porté sur plusieurs fronts : amélioration variétale, lutte contre les maladies et ravageurs, techniques culturales et valorisation des spécificités des cafés ivoiriens.
Sur le swollen shoot, maladie particulièrement préoccupante pour les vergers cacaoyers, la recherche ivoirienne travaille notamment sur le virus, ses vecteurs, les plantes hôtes et les méthodes de lutte. Le FIRCA indique également disposer d’un catalogue de plantes hôtes et d’un guide consacré à la lutte contre la maladie.
Mais entre un résultat scientifique et son adoption par un planteur, il existe une étape déterminante : le transfert de technologie.
C’est là qu’intervient le conseil agricole. Le dispositif associe notamment le FIRCA, le CNRA et l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), cette dernière étant chargée de contribuer à la diffusion des techniques auprès des producteurs.
Le bilan communiqué par le FIRCA donne une idée de l’ampleur du chantier : plus de 298 000 producteurs ont été sensibilisés dans plus de 10 000 localités sur la gestion du swollen shoot, tandis que plus de 557 000 producteurs ont été formés sur les bonnes pratiques agricoles et différents thèmes liés à la production durable du café et du cacao.

Sept terroirs pour raconter autrement le café ivoirien
L’autre information présentée aux JNCC mérite de sortir du seul registre de la productivité.
Le FIRCA et le CNRA ont identifié sept terroirs caféicoles en Côte d’Ivoire, correspondant chacun à des spécificités particulières. L’objectif est notamment de disposer d’un outil pour promouvoir des cafés d’origine ivoirienne et mieux valoriser leur typicité.
C’est un changement de regard important.
Pendant longtemps, le café ivoirien a surtout été raconté par ses volumes. La logique des terroirs ouvre une autre porte : celle de l’origine, des caractéristiques propres aux zones de production et, potentiellement, de la différenciation sur les marchés de qualité.
Mais attention au raccourci. Identifier des terroirs ne signifie pas automatiquement qu’un café sera vendu plus cher. La valorisation économique dépendra aussi de la qualité effective des lots, de leur traçabilité, de la transformation, de la capacité à construire une réputation commerciale et de l’existence de débouchés prêts à rémunérer cette différenciation.
Des variétés aux pratiques culturales
La recherche ne s’arrête pas aux maladies.
Le FIRCA recense également plusieurs acquis issus des travaux conduits avec le CNRA sur l’amélioration variétale. Pour le café, cinq hybrides Robusta sont indiqués comme proposés à la vulgarisation, avec des caractéristiques de rendement et de résistance à la rouille orangée. Onze clones d’Arabusta sont également mentionnés.
Pour le cacao, le dispositif de recherche a notamment permis de sélectionner des familles hybrides et des clones présentant des caractéristiques recherchées en matière de rendement ou de résistance à certaines maladies.
Ces données sont toutefois à lire comme des résultats agronomiques dans des conditions données, et non comme une garantie universelle de rendement pour chaque producteur. Sols, pluviométrie, conduite de plantation, matériel végétal, pression parasitaire et pratiques culturales peuvent modifier fortement les performances observées.
La science donne des outils. La plantation, elle, impose ses propres conditions.

Ce que dit la recherche
Démontré / documenté
- Des programmes de recherche appliquée financés dans le cadre de la filière café-cacao ont produit des acquis sur les variétés, les maladies, les ravageurs et les techniques culturales.
- La Côte d’Ivoire dispose d’une cartographie identifiant sept terroirs caféicoles destinés notamment à la valorisation des cafés d’origine.
- Des dispositifs de conseil et de formation ont permis de diffuser certaines connaissances auprès de centaines de milliers de producteurs.
Prometteur mais encore à confirmer
La meilleure valorisation commerciale des cafés issus de terroirs identifiés constitue une perspective intéressante, mais son impact réel sur le revenu des producteurs devra être mesuré dans la durée.
À ne pas présenter comme une preuve
Un acquis de recherche, une variété proposée à la vulgarisation ou une technique testée ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une augmentation automatique du revenu de chaque exploitation.

Le vrai défi commence après la recherche
Le discours du FIRCA aux JNCC rappelle finalement une évidence souvent oubliée : une innovation agricole n’a de valeur pour le producteur que lorsqu’elle quitte le laboratoire.
La Côte d’Ivoire dispose déjà d’un volume important de connaissances accumulées sur ses caféiers et ses cacaoyers. Le défi consiste désormais à faire circuler ces connaissances jusqu’aux parcelles, à mesurer leurs résultats et à adapter les solutions aux réalités des différentes zones de production.
Pour le café, la reconnaissance des terroirs ouvre en parallèle une autre bataille : passer d’une logique de quantité à une économie où l’origine et la qualité peuvent aussi devenir des arguments de valeur.
Aux JNCC 2026, le message du FIRCA est donc moins une promesse qu’une feuille de route : le rendement ne se gagne pas uniquement avec davantage d’intrants ou de nouvelles plantations. Il se construit aussi avec des variétés mieux adaptées, une meilleure connaissance des maladies, des pratiques maîtrisées et une recherche capable de parler le langage du terrain.
Dans une plantation, la science ne récolte pas à la place du planteur. Mais elle peut lui donner de meilleurs outils pour récolter.
















