Paris éteint ses lampadaires après minuit. Des centaines de communes françaises font de même depuis plusieurs années, sous l’effet de politiques locales de sobriété énergétique et du remplacement massif des vieux luminaires au sodium par des LED qui concentrent la lumière vers le sol au lieu de la diffuser dans le ciel. Vue depuis l’espace, la France a perdu un tiers de sa luminosité nocturne en neuf ans. Un record en Europe, loin devant le Royaume-Uni (– 22 %) et les Pays-Bas (– 21 %), relève le Guardian.
Ce chiffre est tiré d’une étude parue le 9 avril dernier dans la revue Nature, menée par une équipe de l’université du Connecticut. La méthode : analyser 1,16 million d’images satellite captées chaque nuit vers 1 h 30 du matin par le radiomètre VIIRS de la NASA, sur une période allant de 2014 à 2022. Pixel par pixel, en filtrant les interférences liées au clair de lune, aux nuages et aux effets atmosphériques, ils ont reconstitué l’évolution de la lumière artificielle sur l’ensemble des terres habitées de la planète.
Le bilan global va dans l’autre sens. La radiance artificielle a augmenté de 34 % sur la période, partiellement compensée par 18 % de recul dans certaines zones, pour une hausse nette de 16 %. Cela confirme une tendance déjà documentée en 2017, quand une précédente étude avait mesuré une progression d’environ 2 % par an des surfaces éclairées.
L’Asie, le principal moteur de l’augmentation
Mais la vraie découverte est ailleurs. La planète ne s’éclaire pas de façon linéaire. Elle « scintille ». Éclairages et extinctions coexistent, souvent dans les mêmes zones, à des moments différents. La volatilité de ces changements s’est accrue d’année en année.
L’Asie reste le principal moteur de l’augmentation, tirée par l’urbanisation de la Chine et du nord de l’Inde. Aux États-Unis, la côte ouest a gagné en luminosité avec la croissance démographique, pendant que la côte est s’assombrissait sous l’effet du passage aux LED et de restructurations économiques. En Europe, la baisse moyenne atteint 4 %, mais la crise énergétique de 2022, déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine, a provoqué une accélération brutale du recul.
Le conflit ukrainien a d’ailleurs laissé des traces directement lisibles dans les données. Les chercheurs ont observé un effondrement soudain de la lumière après février 2022, en particulier dans les villes bombardées. Le Venezuela, pour d’autres raisons, effondrement économique et désintégration du réseau électrique, a perdu plus de 26 % de sa luminosité. Les confinements liés au Covid-19, la chute du tourisme et le ralentissement industriel ont aussi pesé, surtout au début de la décennie.
« Cette progression n’est pas sans conséquences. La pollution lumineuse perturbe les écosystèmes nocturnes, dérègle les migrations animales et altère les rythmes circadiens humains, comme le rappelle l’un des chercheurs. Elle représente aussi un poste majeur de consommation d’électricité. »
Source: Paris Match















