Il faut bien le reconnaître, le secteur agricole et épicier semble accumuler les défis ces derniers temps. Effets des crises économiques mondiales, hausse des coûts des intrants et du transport, aléas pluviométriques marqués par le réchauffement climatique, sans oublier la concurrence féroce des condiments industriels de synthèse riches en sel et en glutamate, qui ont progressivement envahi les foyers au détriment des aromates traditionnels du terroir.
Les enjeux majeurs du secteur des épices ivoiriennes
Dans ce contexte tendu mais porteur d’opportunités, nous nous sommes interrogés sur la situation des épices en Côte d’Ivoire. La production nationale est-elle au diapason des enjeux majeurs auxquels elle doit faire face ? Pour répondre à cette question, la réflexion s’articule autour de plusieurs axes essentiels : les producteurs au défi de répondre aux attentes des consommateurs en quête de naturalité, la faible intégration des condiments locaux dans les circuits de grande distribution, la promotion d’une alimentation plus saine, les problématiques environnementales liées à la déforestation et enfin l’évolution du goût des consommateurs.
Si l’on regarde le marché national, la Côte d’Ivoire demeure le premier débouché pour l’essentiel de sa consommation condimentaire. Cependant, une grande partie de la demande en poivres, piments et condiments du quotidien reste couverte par des flux informels ou des importations, alors même que la production locale possède un potentiel exceptionnel.

Le spectre de la sous-valorisation et le défi de la qualité
Selon les données de la FAO, la production nationale de poivre tourne autour d’une moyenne de 180 tonnes annuelles ces dernières années, un volume qui ne parvient pas encore à couvrir entièrement la demande intérieure ni à s’imposer massivement face aux produits bas de gamme. Tandis que les ménages se tournent fréquemment vers des assaisonnements industriels bon marché, les épices d’exception du terroir (poivres de Baffia, de Tipadipa, piments traditionnels ou graines locales) trouvent preneur auprès d’une clientèle sélecte, des grands chefs et des épiceries fines.
Dans un contexte de structuration des filières agroalimentaires ivoiriennes et de recherche de souveraineté alimentaire, la question centrale reste celle de la répartition de la plus-value tout au long de la chaîne de valeur. Le secteur fait face à un enjeu majeur pour les années à venir : organiser les circuits de distribution, mieux rémunérer les producteurs locaux et se réinventer pour produire non seulement en quantité, mais surtout en haute qualité.
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