Tri du gingembre à la récolte: le geste qui peut changer toute une filière

Sur un étal de Koun-Fao comme dans une unité de transformation, un beau gingembre ne se reconnaît pas seulement à sa taille. Le tri des rhizomes, dès la récolte puis avant le séchage ou la transformation, constitue une étape discrète mais déterminante pour obtenir une matière première régulière, propre et commercialisable.

Trier les rhizomes avant de les transformer

Le tri du gingembre à la récolte consiste d’abord à écarter les rhizomes pourris, blessés, fortement altérés ou souillés, ainsi que les matières étrangères susceptibles de contaminer le lot. Les recommandations internationales applicables aux épices séchées intègrent précisément le nettoyage, le tri, le classement, le séchage et le stockage dans la maîtrise de la qualité.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est loin d’être théorique. Le FIRCA estime la production nationale de gingembre à 6 900 tonnes en 2022, avec environ 1 270 producteurs, tandis que des travaux conduits avec l’Université Nangui Abrogoua ont permis d’identifier des accessions présentant des rendements supérieurs à 20 tonnes par hectare.

Un rhizome destiné à être vendu frais n’obéit toutefois pas exactement aux mêmes contraintes qu’un gingembre destiné à la poudre, à une infusion ou à un ingrédient alimentaire. Le tri doit donc tenir compte de l’usage final.

Le tri devient crucial lorsque la récolte est difficile

La tentation est grande de considérer le tri comme une perte de temps : mettre de côté les petits rhizomes, retirer les parties abîmées, éliminer la terre ou les matières étrangères représente du travail supplémentaire.

Pourtant, le Codex rappelle que les épices peuvent être exposées à des contaminations microbiologiques, chimiques ou physiques tout au long de leur chaîne de production. Le gingembre séché dispose désormais d’une norme Codex spécifique, tandis que l’ISO 1003:2025 fixe des spécifications pour le gingembre séché entier, en morceaux ou moulu.

À Koun-Fao, un accord conclu en juin 2026 entre l’interprofession locale du gingembre et du curcuma et une entreprise de transformation a justement fait émerger la question des critères de qualité et des volumes commercialisables.

Le message est clair : produire davantage ne suffit plus. Il faut produire une matière première que l’acheteur puisse reconnaître, contrôler et retrouver.

Ce que dit la science

Démontré / documenté : le tri, le nettoyage, le séchage et le stockage participent à la maîtrise des risques associés aux épices.

Prometteur mais à confirmer : l’amélioration des pratiques post-récolte peut renforcer la valeur commerciale du gingembre ivoirien, mais les données locales permettant de quantifier précisément ce gain restent limitées.

À ne pas présenter comme une preuve : un rhizome plus gros, plus jaune ou plus parfumé n’est pas automatiquement un rhizome de meilleure qualité pour tous les usages.

Le bon gingembre ne commence donc pas dans le sachet. Il commence au moment où quelqu’un décide, devant un tas de rhizomes, lesquels méritent de poursuivre le voyage.

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