Nigeria : comment le gingembre transforme l’économie des épices africaines

Tas de gingembre

Longtemps cantonné au rôle de simple fournisseur de matières premières, le Nigeria entend désormais tirer davantage de valeur de sa production d’épices. Grâce à des investissements ciblés dans la transformation, la certification biologique et l’accompagnement des producteurs, le pays amorce une mutation qui pourrait redessiner sa place sur le marché mondial du gingembre.

Le paradoxe nigérian : produire beaucoup, gagner peu

Le Nigeria est aujourd’hui le deuxième producteur mondial de gingembre. En 2023, le pays a récolté près de 781 000 tonnes, devant la Chine (697 000 tonnes) et très loin devant le Pérou (62 000 tonnes). Pourtant, cette performance agricole ne se traduit pas par des revenus équivalents.

Les exportations nigérianes de gingembre brut n’ont généré que 47,5 millions de dollars en 2023, contre 581 millions de dollars pour la Chine et 120 millions de dollars pour le Pérou. Le pays ne capte ainsi qu’une faible part de la valeur du marché mondial, estimé à plus de 40 milliards de dollars par an, dont le gingembre représente l’un des segments les plus dynamiques.

Cette situation s’explique principalement par la faible transformation locale des récoltes. Une grande partie de la production est encore exportée sous forme brute, limitant fortement les revenus des producteurs.

La transformation locale change la donne

Le constat est tout autre lorsque le gingembre est transformé avant son exportation. Le Nigeria s’est hissé au premier rang mondial des exportateurs de gingembre transformé (broyé et moulu), avec 29,6 millions de dollars d’exportations en 2023, soit environ 22 % du commerce mondial sur ce segment à plus forte valeur ajoutée.

Cette évolution confirme qu’une stratégie fondée sur la transformation industrielle, la qualité et la traçabilité peut considérablement améliorer la compétitivité des épices africaines sur les marchés internationaux.

Horizon Group Africa, un modèle qui améliore les revenus des producteurs

Cette mutation s’appuie notamment sur Horizon Group Africa, une entreprise installée à Kaduna qui travaille avec plus de 3 000 petits producteurs. Son modèle repose sur plusieurs leviers :

  • achat garanti des récoltes ;
  • prix d’achat plus rémunérateurs ;
  • distribution de semences certifiées ;
  • accompagnement technique et agronomique ;
  • stockage moderne ;
  • certification biologique via des coopératives ;
  • accès au financement de la main-d’œuvre ;
  • soutien à la scolarisation des enfants des producteurs.

Pour de nombreux agriculteurs, ces changements ont profondément modifié leurs conditions de vie. À Kurumi Musa, dans l’État de Kaduna, Istifanus Dauda cultivait autrefois le gingembre sur les quatre hectares de sa famille sans véritable perspective de rentabilité. La vente de sa récolte lui rapportait à peine l’équivalent de quelques dizaines de dollars, insuffisant pour couvrir les besoins de sa famille.

Depuis son partenariat avec Horizon Group Africa, il produit désormais une cinquantaine de sacs de gingembre biologique séché et génère plus de 1 000 dollars de revenus, ce qui lui permet d’employer plusieurs ouvriers, de financer la scolarité de ses enfants et d’améliorer durablement son niveau de vie.

Le même constat est partagé par Handan Haruna, également installé dans l’État de Kaduna. Grâce aux formations techniques et au soutien logistique, ses rendements sont passés de 500 à 800 sacs par hectare. Il exploite aujourd’hui quatre hectares et peut investir dans son exploitation tout en assurant l’éducation de ses six enfants.

Des investisseurs misent sur la filière des épices

La montée en puissance d’Horizon Group Africa est soutenue par Aavishkaar Capital, spécialiste de l’investissement à impact.

Grâce à ce financement, l’entreprise prévoit d’étendre son réseau à 10 000 producteurs d’ici trois ans, d’accroître ses capacités de transformation et de renforcer sa présence sur les marchés européens, asiatiques et nord-américains. Créée en 2017, la société commercialise notamment :

  • le gingembre ;
  • le curcuma ;
  • le poivre noir ;
  • les clous de girofle ;
  • la cannelle ;
  • la cardamome.

La demande mondiale pour les épices biologiques et traçables continue de progresser, offrant des perspectives de croissance importantes pour les producteurs africains.

Une agriculture plus durable et mieux rémunérée

Le développement d’Horizon bénéficie également au Fonds mondial de soutien à la chaîne d’approvisionnement (GSCSF), doté de 250 millions de dollars, lancé par Aavishkaar Capital avec l’appui de la banque allemande de développement KfW.

En juillet, ce dispositif a été renforcé par un investissement supplémentaire de 40 millions de dollars de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), destiné à soutenir les PME agricoles en Afrique et en Asie.

Au-delà des performances économiques, cette stratégie favorise une agriculture biologique et régénératrice répondant aux exigences des marchés premium. La certification, la traçabilité et les bonnes pratiques culturales permettent aux producteurs d’obtenir de meilleurs prix tout en sécurisant leurs débouchés.

Une nouvelle ambition pour les épices africaines

L’exemple nigérian montre que l’avenir des épices africaines ne repose plus uniquement sur les volumes produits, mais sur la capacité à créer de la valeur localement.

En investissant dans la transformation, la qualité et l’accompagnement des petits exploitants, le Nigeria démontre qu’il est possible d’améliorer durablement les revenus agricoles tout en renforçant la position du continent sur le marché mondial des épices.

Pour Horizon Group Africa, l’objectif est désormais de quadrupler son chiffre d’affaires afin d’atteindre 100 millions de dollars dans les trois prochaines années, preuve que la révolution des épices africaines est déjà en marche.

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